Comment composer un bouquet d’automne avec les feuillages et les baies du jardin
En octobre, le jardin offre de quoi composer des bouquets plus beaux que bien des compositions achetées : branches rougissantes, baies éclatantes, graminées et dernières fleurs. Encore faut-il savoir ce qui tient en vase, ce qui fane en une nuit, et ce qu’il vaut mieux ne pas poser sur une table où passent enfants ou animaux.
Ce que le jardin offre en octobre, et ce qu’il faut en attendre
Un bouquet d’automne ne se construit pas comme un bouquet de printemps. Les fleurs y deviennent secondaires, quelques dahlias, asters ou roses tardives en guise de points de couleur, et la structure repose sur trois matières que le jardin fournit en abondance à cette saison : les feuillages qui changent de couleur, les baies et fruits décoratifs, et les graminées ou têtes de fleurs déjà sèches. Cette structure a un avantage : elle dure plus longtemps que la plupart des fleurs coupées.
La principale difficulté tient à la tenue très inégale des feuillages. Une feuille qui rougit est une feuille qui se prépare à tomber : l’arbre a déjà commencé à la couper de ses réserves. Certaines essences supportent parfaitement la coupe et tiennent deux semaines ; d’autres flétrissent dans la nuit, quelle que soit la préparation. Connaître cette différence avant de couper évite la déception du lendemain.
Les feuillages qui tiennent en vase, et ceux qui flétrissent
Le critère décisif est l’épaisseur de la feuille. Les feuilles coriaces, cireuses ou épaisses résistent ; les feuilles fines et souples fanent très vite dès qu’elles sont séparées de l’arbre.
| Feuillage | Couleur d’automne | Tenue en vase | Remarque |
|---|---|---|---|
| Hêtre | Cuivre, bronze | Une à deux semaines | Se conserve aussi à la glycérine |
| Chêne, notamment chêne rouge d’Amérique | Rouge, brun | Une à deux semaines | Branches rigides, idéales pour la structure |
| Cotinus, arbre à perruques | Pourpre, orange, écarlate | Environ une semaine | Bain complet conseillé avant de composer |
| Bergénia | Rouge sombre, bordeaux | Deux semaines et plus | Grandes feuilles très robustes, parfaites en base de bouquet |
| Cornouiller | Rouge, pourpre | Environ une semaine | Les tiges rouges restent décoratives une fois les feuilles tombées |
| Amélanchier, fusain ailé | Rouge vif | Quelques jours | Couleur spectaculaire, tenue moyenne |
| Érable du Japon | Rouge, orange | Quelques heures | À réserver à une table d’un soir |
| Vigne vierge | Rouge intense | Quelques heures | Feuilles qui se détachent vite, baies toxiques |
Les branches à baies et les fruits décoratifs
Les baies donnent au bouquet d’automne sa signature. Quelques branches suffisent à éclairer une composition, à condition de les choisir robustes et de connaître leur toxicité.
Les cynorrhodons des rosiers botaniques et de l’églantier, rouge orangé, tiennent longtemps et ne présentent pas de danger particulier. Les fruits de l’aubépine, petits et rouge sombre, ont le même avantage. Le pyracantha, couvert de baies orange, rouges ou jaunes, est l’un des plus généreux, avec des épines qui imposent des gants ; ses baies ne sont que faiblement toxiques crues, et la fiche du pyracantha détaille sa culture pour en avoir chaque automne. Le callicarpa, aux petites baies d’un violet métallique étonnant, est peut-être le plus tenace de tous : ses baies restent en place deux à trois semaines en vase.
Les pommes d’ornement, fruits des Malus décoratifs, apportent rondeur et couleur. Elles ont cependant un défaut qu’on ignore souvent : comme tous les fruits du pommier, elles dégagent de l’éthylène, un gaz qui accélère la fanaison des fleurs coupées voisines. Dans un bouquet mêlant pommes et dahlias, les dahlias passeront plus vite.
Graminées, lunaire, physalis : les matières qui sèchent sur place
Une troisième famille de matériaux apporte légèreté et mouvement, avec un avantage supplémentaire : ils sèchent dans le vase sans perdre leur forme.
- Les graminées, miscanthus, calamagrostis, panicum, apportent des plumets dorés ou argentés. Coupez-les quand les épis sont bien formés mais encore serrés : trop ouverts, ils perdent leurs graines dans la maison. Le pennisetum, très duveteux, est le plus fragile à cet égard.
- La lunaire, ou monnaie-du-pape, dont on retire délicatement les deux enveloppes extérieures de chaque silique pour révéler la cloison argentée et nacrée.
- Le physalis, aux lanternes orange, qui sèchent sans changer de couleur. Toutes les parties vertes de la plante sont toxiques.
- Les hortensias d’automne, dont les têtes virent au vert antique, au rose poudré ou au bordeaux et sèchent debout dans le vase si on les coupe à ce stade.
- Le sedum, dont les têtes de fleurs rouille tiennent deux semaines en eau puis se dessèchent joliment.
Ces matières évoluent doucement, sans intervention, vers un bouquet sec qui peut rester en place tout l’hiver. Pour les fleurs que l’on souhaite conserver plus soigneusement, les méthodes adaptées à chacune sont détaillées dans notre guide pour faire sécher un bouquet de fleurs.
Quand couper chaque matière, de septembre à novembre
L’automne s’étale sur trois mois, et chaque matière a son moment. Couper trop tôt prive le bouquet de couleur ; couper trop tard donne des feuilles qui tombent au premier contact et des baies déjà abîmées par le gel ou picorées par les oiseaux.
| Période | À couper en priorité | Signe du bon moment |
|---|---|---|
| Septembre | Graminées, sedum, hortensias, derniers dahlias, dernières roses | Épis formés mais encore serrés, têtes d’hortensia au toucher légèrement papier |
| Début octobre | Pyracantha, cynorrhodons, callicarpa, lunaire, physalis | Baies bien colorées et fermes ; lanternes de physalis entièrement orange |
| Mi-octobre | Cotinus, cornouiller, amélanchier, fusain ailé | Feuillage coloré sur la moitié de la branche, pas encore sur toute sa longueur |
| Fin octobre à novembre | Hêtre, chêne, bergénia, pommes d’ornement | Feuilles cuivrées mais encore bien attachées, qui résistent à une légère secousse |
Ce dernier repère vaut pour tous les feuillages : une branche dont les feuilles tombent quand on la secoue doucement est déjà trop avancée pour le vase. Mieux vaut couper une branche encore à moitié verte, qui finira de se colorer en quelques jours dans la maison, plutôt qu’une branche entièrement rouge qui se dénudera en une nuit.
Les baies, elles, ont un concurrent sérieux : les merles, grives et fauvettes en font leur réserve d’automne et d’hiver. Prélevez quelques branches, jamais l’arbuste entier, et laissez l’essentiel des fruits en place pour les oiseaux du jardin.
Cueillir et préparer : les gestes qui font tenir le bouquet
Cueillez tôt le matin, quand les tiges sont gorgées d’eau après la fraîcheur de la nuit. Emportez un seau d’eau et plongez-y chaque branche immédiatement après la coupe : quelques minutes à l’air libre suffisent pour qu’une bulle d’air se forme dans les vaisseaux de la tige et bloque durablement la montée de l’eau.
Coupez en biseau avec un sécateur propre et bien affûté, puis recoupez sous l’eau au moment de composer. Pour les tiges ligneuses, fendez la base verticalement sur 2 à 3 cm et retirez l’écorce sur quelques centimètres : la surface d’absorption augmente nettement. Écraser la tige au marteau, conseil que l’on trouve encore, abîme au contraire les vaisseaux et favorise les bactéries.
Retirez toutes les feuilles qui tremperaient dans l’eau du vase : elles pourrissent en deux ou trois jours et contaminent l’eau.
Laissez reposer les branches préparées dans un seau d’eau fraîche, dans une pièce fraîche et sombre, pendant quelques heures ou une nuit avant de composer. Ce temps de réhydratation allonge la tenue de plusieurs jours.
Composer : de la structure vers la couleur
Un bouquet d’automne se construit dans l’ordre inverse d’un bouquet de fleurs. On commence par les branches de structure, hêtre, chêne, cornouiller, qui dessinent la silhouette et soutiennent tout le reste. On ajoute ensuite les feuillages de volume, bergénia ou cotinus, qui remplissent le cœur et cachent les tiges. Viennent alors les branches à baies, placées pour attraper la lumière, puis les graminées en hauteur, pour le mouvement. Les fleurs arrivent en dernier, en petit nombre, là où la couleur manque.
La technique de la spirale, qui consiste à tourner le bouquet en ajoutant chaque tige dans le même sens, fonctionne aussi pour les branches, à condition de garder les plus grosses au centre. Le pas à pas figure dans notre guide pour composer un bouquet de fleurs soi-même. Pour les très grandes branches, il est souvent plus simple de composer directement dans un contenant lourd, pichet en grès, seau en zinc ou jarre, qui ne basculera pas sous le poids.
Côté couleurs, l’automne pardonne beaucoup. Les rouges, cuivres, orange et bruns s’accordent naturellement entre eux ; une touche de rose vif ou de pourpre, un dahlia magenta, quelques asters violets, les baies du callicarpa, empêche l’ensemble de tourner au monochrome terne.
Faire durer le bouquet semaine après semaine
Un bouquet d’automne vit en plusieurs temps. Les fleurs fanent en premier, en quatre à sept jours : retirez-les au fil de l’eau et remplacez-les par une nouvelle cueillette, en gardant la structure de branches en place. Changez l’eau tous les deux jours au début, en recoupant les tiges qui le permettent, puis moins souvent à mesure que les graminées et les têtes sèches prennent le relais.
Placé loin des radiateurs et du soleil direct, un bouquet de ce type peut rester décoratif trois ou quatre semaines, en changeant de visage : d’abord frais et coloré, puis plus doux, avant de devenir un bouquet presque entièrement sec. Quand le vase ne contient plus que des graminées, de la lunaire et des hortensias secs, videz l’eau, laissez sécher la base des tiges quelques jours, et le bouquet d’automne devient le bouquet d’hiver, sans aucune dépense supplémentaire.
Les questions que l'on nous pose
Pourquoi mes branches d’automne fanent-elles dès le lendemain ?
Le plus souvent, parce que la tige n’a pas bu dans les minutes qui ont suivi la coupe : une bulle d’air s’est formée dans les vaisseaux et bloque la montée de l’eau. Coupez tôt le matin, plongez chaque branche dans un seau d’eau dès la coupe, puis recoupez en biseau sous l’eau avant de composer. Les feuilles fines, comme celles de l’érable du Japon ou de la vigne vierge, fanent de toute façon très vite : réservez-les à un usage d’un soir.
Faut-il écraser les tiges des branches ligneuses ?
Non, c’est une pratique ancienne aujourd’hui déconseillée. Écraser la base au marteau abîme les vaisseaux qui conduisent l’eau et favorise le développement des bactéries dans le vase. Il vaut mieux couper en biseau avec un sécateur bien affûté, puis fendre la base de la tige verticalement sur 2 à 3 cm. Retirez aussi l’écorce sur quelques centimètres au bas des branches les plus épaisses, ce qui augmente la surface qui absorbe l’eau.
Quelles baies d’automne sont dangereuses pour les enfants et les animaux ?
Parmi les plus courantes au jardin, le fusain d’Europe, la symphorine aux baies blanches, le houx, l’if, la viorne obier, le gui, la morelle douce-amère et le laurier-cerise sont toxiques. Les baies tombent facilement d’une branche coupée, surtout dans une pièce chauffée, et roulent sur la table ou le sol. Avec de jeunes enfants ou un animal curieux, préférez les cynorrhodons de l’églantier, les fruits d’aubépine ou les pommes d’ornement, et ramassez les baies tombées chaque jour.
Peut-on cueillir des branches dans une haie en bord de chemin ?
Seulement avec prudence. Une haie appartient toujours à quelqu’un, particulier, commune ou agriculteur, et la cueillette suppose en principe son accord. En forêt publique, prélever un petit bouquet pour son usage personnel est généralement toléré, sauf pour les espèces protégées. Par ailleurs, plusieurs départements encadrent la cueillette de certaines espèces décoratives par arrêté préfectoral, notamment le houx ou le fragon. Dans le doute, votre propre jardin reste la source la plus sûre.
Combien de temps tient un bouquet d’automne ?
Un bouquet bien préparé tient en général une à deux semaines, parfois davantage pour ses éléments les plus robustes. Les feuillages coriaces, le bergénia, les branches de hêtre et les baies de callicarpa durent le plus longtemps. Les dernières fleurs, dahlias, asters ou roses, fanent en premier : retirez-les au fur et à mesure et remplacez-les par une nouvelle cueillette, le reste de la structure pouvant rester en place.
Comment garder un feuillage d’automne coloré tout l’hiver ?
La glycérine est la méthode de référence pour les branches de hêtre, de chêne ou de charme. On place les tiges fraîchement coupées dans un mélange d’un volume de glycérine pour deux volumes d’eau chaude, pendant une à trois semaines, jusqu’à ce que les feuilles changent de texture et deviennent souples. Elles gardent alors leur forme pendant des mois, avec une teinte qui fonce un peu. Les feuilles isolées se conservent aussi pressées entre deux feuilles de papier absorbant.
Sujets abordés
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- décoration d’automne
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