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Comment faire du terreau de feuilles mortes pour ses massifs

Chaque automne, les feuilles mortes finissent trop souvent en déchèterie alors qu’elles donnent, en un ou deux ans, l’amendement le plus doux qui soit pour un massif de fleurs. Le terreau de feuilles ne demande ni retournement ni savoir-faire particulier : seulement de bonnes feuilles, de l’humidité et un peu de patience.

10 min de lecture

Mains gantées tenant un terreau de feuilles sombre et friable au-dessus d’une cage en grillage pleine de feuilles mortes, en automne.
Mains gantées tenant un terreau de feuilles sombre et friable au-dessus d’une cage en grillage pleine de feuilles mortes, en automne.

Pourquoi les feuilles mortes valent mieux que la déchèterie

Un grand arbre caduc laisse tomber chaque automne plusieurs dizaines de kilos de feuilles, qui représentent une part importante de ce qu’il a puisé dans le sol pendant l’année. En forêt, ce tapis se décompose sur place et forme la couche sombre, souple et parfumée que l’on trouve sous les feuilles de l’année : l’humus forestier. Le terreau de feuilles n’est rien d’autre que ce processus reproduit dans un coin du jardin.

Le mécanisme diffère de celui du compost. Dans un composteur, les bactéries dominent et font chauffer le tas, parfois au-delà de 50 °C, pour transformer rapidement les déchets riches en azote. Les feuilles mortes, elles, sont pauvres en azote et riches en lignine, une molécule rigide que les bactéries dégradent mal. Ce sont surtout des champignons qui s’en chargent, à froid et lentement. D’où les deux traits du terreau de feuilles : il demande du temps, mais il ne demande presque aucun travail.

Le résultat n’est pas un engrais. C’est un amendement de structure : il aère les sols lourds, donne du corps aux sols sableux, retient plusieurs fois son poids en eau et nourrit toute la faune du sol. Les vers de terre, en particulier, en sont friands, et leur travail fait descendre la matière organique en profondeur, comme l’explique notre article sur le rôle des vers de terre au jardin fleuri.

Terreau de feuilles ou compost

Terreau de feuilles

  • Feuilles seules, décomposition à froid par des champignons
  • Un à deux ans d’attente, aucun retournement
  • Pauvre en éléments nutritifs, texture très fine et légère
  • Idéal pour le paillage, les semis et la structure du sol

Compost

  • Déchets variés, décomposition chaude par des bactéries
  • Six mois à un an, retournements utiles
  • Plus riche, nourrit réellement les plantes
  • Idéal pour enrichir un massif ou un potager gourmand

Quelles feuilles ramasser, lesquelles laisser de côté

Toutes les feuilles caduques finissent par se décomposer, mais pas au même rythme. Les plus fines et les moins coriaces donnent du terreau en un an ; les plus épaisses, riches en tanins ou en cire, en demandent deux ou trois, sauf à les broyer.

FeuillesVitesse de décompositionRemarque
Érable, charme, bouleau, tilleul, frêne, noisetierRapide, environ un anLa base idéale d’un premier tas
Arbres fruitiers sains, pommier, cerisier, poirierRapideÀ exclure si les feuilles portent de la tavelure
Chêne, hêtre, châtaignierLente, environ deux ansTerreau d’excellente qualité, légèrement acide
Platane, magnolia caducTrès lente, trois ans ou plusBroyage indispensable
NoyerMoyenneContient de la juglone : tas séparé, usage réservé aux arbustes
MarronnierMoyenneÀ écarter si les feuilles sont brunies en été par la mineuse
Persistants : laurier-cerise, houx, lierre, rhododendronTrès lenteÀ ne pas mettre dans le tas, trop coriaces
Aiguilles de pin et de conifèresTrès lenteTas à part, pour pailler les plantes de terre de bruyère

Deux catégories restent systématiquement hors du tas. Les feuilles malades d’abord : tavelure du pommier, maladie des taches noires et rouille du rosier, oïdium marqué. Le terreau de feuilles se fait à froid et ne détruit pas ces champignons, qui reviendraient au printemps avec le paillis. Les feuilles de rosier tachées se ramassent et s’évacuent, un geste détaillé dans notre guide pour reconnaître et traiter la rouille des rosiers. Ensuite, les feuilles de marronnier attaquées par la mineuse, cette petite chenille qui brunit le feuillage dès l’été : ses chrysalides passent l’hiver dans les feuilles tombées, et un tas de feuilles leur offre un abri parfait.

Deux façons de stocker : la cage ou le sac

La cage en grillage convient dès que le jardin compte quelques arbres. Quatre piquets enfoncés en carré d’environ un mètre de côté, un grillage à mailles fines agrafé tout autour, et le contenant est prêt. Placez-la à l’ombre, sur la terre nue plutôt que sur une dalle, pour que la faune du sol puisse monter dans le tas. Remplissez-la en tassant les feuilles à mesure, par couches, en arrosant chaque couche si les feuilles sont sèches. Le volume fond de moitié ou plus pendant la première année : une cage pleine à ras bord en novembre sera à moitié vide l’automne suivant.

Les grands sacs conviennent aux petits jardins et aux feuilles ramassées ailleurs. Remplissez de grands sacs épais avec des feuilles humides, tassez, percez une dizaine de petits trous avec une fourche pour laisser circuler un peu d’air et s’écouler l’excès d’eau, puis fermez le sac. Rangez-les dans un coin ombragé, derrière un abri ou sous une haie, et oubliez-les. Réutiliser des sacs de terreau vides fonctionne très bien.

Dans les deux cas, le seul réglage qui compte est l’humidité. Les feuilles doivent avoir la consistance d’une éponge essorée : humides au toucher, sans ruisseler quand on les presse. Des feuilles ramassées sèches, par temps de vent, n’évolueront pas avant d’avoir été mouillées. Un tas trop sec est la cause principale d’un terreau qui n’avance pas.

Combien de temps attendre, et comment savoir que c’est prêt

La transformation suit un calendrier assez régulier, que l’on peut vérifier à l’œil et à la main en fouillant le cœur du tas.

Âge du tasAspectUsage possible
Printemps suivantFeuilles encore reconnaissables, assouplies, bruniesPaillis grossier au pied des arbustes
Un anFeuilles fragmentées, masse brune qui s’effritePaillis de massif, amendement à griffer en surface
Dix-huit moisMatière sombre, quelques fragments de nervuresAmendement de plantation, mélange pour potées
Deux ansTerreau noir, fin, sans odeur, qui sent le sous-boisTerreau de semis après tamisage

Un terreau de feuilles mûr ne sent jamais mauvais. Une odeur aigre ou d’œuf pourri signale un tas détrempé et privé d’air, souvent dans un sac sans trous ou dans un creux qui retient l’eau : ouvrez, laissez égoutter quelques jours, puis refermez en ajoutant quelques trous.

Utiliser le terreau de feuilles au jardin fleuri

En paillis de massif. C’est l’usage le plus simple, dès la fin de la première année. Étalé sur 3 à 5 cm au pied des vivaces et des arbustes, à la fin de l’automne ou au début du printemps sur un sol humide, il limite l’évaporation, protège la surface du sol contre le battage des pluies et disparaît peu à peu, incorporé par les vers de terre. En quelques saisons, la couche superficielle d’un sol lourd devient nettement plus souple.

En amendement de plantation. Mélangé pour un tiers à la terre extraite du trou, il aide les racines d’une nouvelle vivace ou d’un arbuste à s’installer, surtout dans un sol argileux qui se compacte ou un sol sableux qui sèche vite.

Pour les plantes de terre de bruyère. Le terreau issu de feuilles de chêne ou de hêtre, légèrement acide, convient bien en paillis au pied des camélias, des rhododendrons et des azalées, qui apprécient ce type d’humus forestier proche de leur milieu d’origine. Il ne remplace pas une vraie terre acide si le sol du jardin est calcaire, mais il aide à maintenir une surface favorable.

En terreau de semis. Après deux ans, tamisé à mailles fines, il devient une base de semis légère et pauvre, ce qui convient justement aux jeunes plantules, sensibles aux excès d’engrais. Un mélange courant associe à parts égales terreau de feuilles tamisé et sable de rivière, avec éventuellement un peu de compost fin pour les semis plus gourmands.

Ce que le terreau de feuilles ne fait pas

Le principal malentendu tient à sa richesse. Utilisé seul, le terreau de feuilles ne nourrit pas des plantes gourmandes : un massif de dahlias, de rosiers ou d’annuelles à floraison continue manquera d’azote s’il ne reçoit que du terreau de feuilles. Il s’associe alors à un compost mûr ou à un engrais organique, le terreau de feuilles apportant la structure et la rétention d’eau, le compost la nourriture.

Il ne modifie pas non plus durablement le pH d’un sol. Même issu de feuilles de chêne, son acidité est modérée, et elle ne suffit pas à rendre acide une terre calcaire. Enfin, il ne détruit ni les graines d’adventices tombées dans le tas, ni les maladies des feuilles malades : c’est au ramassage que se joue la qualité du terreau obtenu.

Laisser aussi des feuilles sur place

Tout ramasser n’est pas un objectif. Sous les haies, au pied des arbustes et dans les massifs de vivaces, une couche de feuilles laissée sur place protège le sol du gel, abrite pendant l’hiver des insectes utiles, coccinelles, carabes et chrysopes, et sert de garde-manger aux oiseaux qui y cherchent leur nourriture. Un hérisson peut aussi y installer son abri d’hiver.

La règle pratique consiste à ramasser là où les feuilles gênent ou étouffent, pelouse, allées, massifs de petites plantes basses, rosettes de vivaces qui pourriraient sous une couche détrempée, et à les laisser là où elles ne gênent pas. Le tas de terreau de feuilles recueille le surplus, et deux ans plus tard, il revient au jardin sous une forme que les massifs de fleurs apprécient bien davantage que n’importe quel sac acheté en jardinerie.

vos questions

Les questions que l'on nous pose

Quelle différence entre terreau de feuilles et compost ?

Le compost associe des déchets variés, épluchures, tontes, résidus de taille, décomposés rapidement par des bactéries qui font chauffer le tas. Le terreau de feuilles ne contient que des feuilles et se décompose à froid, surtout sous l’action de champignons, ce qui prend un à deux ans. Le résultat diffère aussi : le compost est plus riche en éléments nutritifs, le terreau de feuilles est plus pauvre mais d’une texture remarquable, légère, aérée et capable de retenir beaucoup d’eau.

Peut-on mettre les feuilles de chêne dans le terreau de feuilles ?

Oui, et elles donnent même l’un des meilleurs terreaux, à condition d’être patient. Riches en tanins et assez coriaces, les feuilles de chêne demandent environ deux ans pour se transformer, un peu moins si on les broie à la tondeuse avant de les stocker. Le terreau obtenu est légèrement acide, ce qui en fait un complément apprécié des plantes de terre de bruyère. En dehors de ce cas, son acidité reste modérée et ne gêne pas les autres plantes du massif.

Faut-il retourner le tas de feuilles ?

Non. Contrairement au compost, le terreau de feuilles n’a pas besoin d’être aéré, car les champignons qui le fabriquent travaillent très bien dans un tas tassé et humide. Retourner le tas ne fait pas de mal, mais n’accélère pas beaucoup le processus. Le seul geste utile est de vérifier l’humidité en été : si les feuilles du cœur sont sèches et craquantes, arrosez généreusement, car la décomposition s’arrête dans des feuilles sèches.

Les feuilles de noyer sont-elles utilisables ?

Avec prudence. Les feuilles de noyer contiennent de la juglone, une substance qui freine la germination et la croissance de nombreuses plantes. Elle se dégrade avec le temps pendant la décomposition, mais mieux vaut composter ces feuilles à part, pendant au moins deux ans, et réserver le terreau obtenu au paillage d’arbustes établis plutôt qu’aux semis ou aux jeunes plants. En petite proportion dans un grand tas de feuilles mélangées, elles posent en revanche peu de problèmes.

A-t-on le droit de brûler les feuilles mortes dans son jardin ?

Non. En France, le brûlage à l’air libre des déchets verts, feuilles mortes comprises, est interdit pour les particuliers, en raison des particules fines et des polluants qu’il dégage. Le contrevenant s’expose à une amende. Des dérogations très limitées existent dans certaines communes, notamment pour raisons sanitaires ou en zone rurale, mais elles relèvent d’un arrêté local. Transformer les feuilles en terreau reste de toute façon la solution la plus utile au jardin.

Peut-on utiliser les feuilles ramassées sur le trottoir ?

C’est déconseillé pour les feuilles de bord de route ou de rue passante, souvent chargées de résidus de pollution, d’hydrocarbures et parfois de déchets. Les feuilles d’un parc, d’un jardin voisin ou d’une rue calme bordée d’arbres posent beaucoup moins de problèmes, et certaines communes laissent volontiers les particuliers en récupérer. Dans tous les cas, retirez les déchets visibles et évitez les feuilles de platane, très présentes en ville mais lentes à se décomposer sans broyage.

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