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Quand et comment diviser une touffe de vivaces

Une touffe de vivaces qui se dégarnit au centre et fleurit de moins en moins n’est pas en fin de vie : elle demande à être divisée. Ce geste simple rajeunit la plante, relance la floraison et offre gratuitement de quoi garnir un nouveau massif. Encore faut-il choisir la bonne saison et savoir quelles vivaces le supportent mal.

10 min de lecture

Deux fourches-bêches plantées au centre d’une touffe de vivace déterrée pour la séparer en éclats, devant des asters magenta en automne.
Deux fourches-bêches plantées au centre d’une touffe de vivace déterrée pour la séparer en éclats, devant des asters magenta en automne.

Pourquoi une touffe de vivaces se dégarnit

La plupart des vivaces de massif s’étendent en cercle : chaque année, de nouvelles pousses naissent à la périphérie de la touffe, là où le sol est encore riche et libre de racines, tandis que le centre vieillit. Au bout de quelques saisons, ce cœur devient ligneux, s’épuise et ne produit plus que des tiges grêles, puis plus rien du tout. La touffe prend alors la forme d’un anneau de végétation autour d’une zone vide.

Ce vieillissement s’accompagne d’une baisse de floraison. Les racines de la touffe se concurrencent entre elles pour l’eau et les éléments nutritifs, et le sol au centre s’appauvrit. La division répond aux deux problèmes à la fois : elle sépare les jeunes pousses vigoureuses de la périphérie, élimine le cœur épuisé et replante chaque éclat dans une terre neuve, amendée.

Elle a aussi un intérêt purement pratique. Une touffe d’aster ou de géranium vivace divisée donne facilement cinq à dix nouvelles plantes, autant de godets qu’on n’achète pas. C’est le moyen le plus économique de remplir un massif, et pour un massif nouveau, notre guide sur le nombre de plants nécessaires pour remplir un massif aide à calculer combien d’éclats prévoir.

Automne ou printemps : la règle selon la floraison

Le principe est simple : on divise une vivace pendant sa période de repos, le plus loin possible de sa floraison, pour que les éclats aient le temps de refaire des racines avant de devoir fleurir.

L’automne, de mi-septembre à fin octobre, convient aux vivaces qui fleurissent au printemps et en été. Le sol est encore chaud après l’été, les pluies reviennent, et les racines continuent de pousser pendant plusieurs semaines alors que le feuillage ralentit. Les éclats s’installent pendant l’hiver et repartent au printemps avec un système racinaire déjà en place.

Le printemps, de mars à avril, au moment où les pousses sortent de terre, convient aux vivaces qui fleurissent à la fin de l’été et en automne : asters, sédums, anémones du Japon, graminées. Diviser ces plantes en automne reviendrait à les blesser juste après leur floraison, sans leur laisser le temps de récupérer avant l’hiver.

Deux situations font préférer le printemps quelle que soit l’époque de floraison. Les sols lourds et argileux, qui restent gorgés d’eau en hiver, font pourrir les racines blessées des éclats. Les régions froides, où le sol gèle tôt et profondément, ne laissent pas aux éclats le temps de s’ancrer avant les gelées, qui peuvent les déchausser.

Diviser en automne ou au printemps

Automne, mi-septembre à fin octobre

  • Vivaces à floraison de printemps et d’été
  • Sol chaud et humide, enracinement rapide
  • Éclats installés et prêts à fleurir dès le printemps
  • À éviter en sol lourd et en région à hiver rigoureux

Printemps, mars à avril

  • Vivaces à floraison de fin d’été et d’automne
  • Sol qui se réchauffe, pousses bien visibles pour repérer les éclats
  • Arrosage à surveiller si le printemps est sec
  • Floraison parfois retardée la première année

Préparer la division : la veille et le jour même

La veille, arrosez copieusement la touffe. Une motte humide se soulève d’un bloc, sans que la terre ne s’effrite en arrachant les fines racines, et la plante aborde l’opération sans stress hydrique.

Le jour même, choisissez de préférence un temps couvert et doux, sans vent ni soleil fort, qui dessèchent les racines exposées. Rabattez le feuillage à 10 ou 15 cm, sauf au printemps quand les pousses sortent à peine. Préparez aussi le terrain d’accueil avant de soulever la touffe : trous creusés, terre ameublie sur 30 cm et enrichie de compost ou de terreau de feuilles. Le temps pendant lequel les racines restent à l’air doit être le plus court possible.

Trois outils suffisent : une fourche-bêche, une bêche bien affûtée et un vieux couteau robuste ou une scie à pain pour les mottes les plus denses. Un seau d’eau à portée de main permet de garder les éclats humides pendant l’opération.

Le geste : soulever, séparer, trier

Enfoncez la fourche-bêche tout autour de la touffe, à une quinzaine de centimètres de ses bords, en faisant levier à chaque fois pour décoller la motte. Soulevez-la ensuite d’un bloc et posez-la sur une bâche ou sur la pelouse. Secouez ou rincez au jet une partie de la terre pour voir où passent les pousses et les racines.

La méthode de séparation dépend de la densité de la motte :

  • à la main, pour les touffes souples qui se défont d’elles-mêmes : asters, géraniums vivaces, marguerites, nepetas, monardes ;
  • avec deux fourches-bêches plantées dos à dos au centre de la touffe, que l’on écarte en faisant levier, pour les mottes fibreuses et serrées : hémérocalles, phlox, échinacées, astilbes ;
  • à la bêche ou au couteau, d’un coup net, pour les souches très compactes ou charnues : hostas, agapanthes, grosses touffes de graminées.

Triez ensuite les éclats. Conservez ceux de la périphérie, jeunes et vigoureux, qui portent trois à cinq pousses et une motte de racines saines de la taille d’un poing. Jetez au compost le cœur ligneux et dégarni, ainsi que les morceaux qui portent des racines brunes, molles ou abîmées. Si un éclat présente une plaie importante, laissez-la sécher quelques minutes à l’ombre avant de replanter.

Le calendrier des vivaces courantes

VivacePériode de divisionMéthodeRemarque
Aster d’automnePrintempsÀ la main ou à la bêcheTous les trois ans, sinon le centre se vide vite
Géranium vivaceAutomne ou printempsÀ la mainReprise très facile
HémérocalleAutomne, ou fin d’été après floraisonDeux fourches dos à dosFeuilles coupées de moitié
Iris des jardinsJuillet-août, après floraisonCouteau, rhizome par rhizomeRhizome replanté à fleur de terre
HostaPrintemps, au débourrementBêche ou couteauSupporte bien d’être laissé longtemps
Rudbeckia, échinacéeAutomne ou printempsFourches ou couteauÉchinacée parfois lente à repartir
Phlox paniculéAutomneFourches ou à la mainGarder les éclats extérieurs, plus sains
Sédum d’automnePrintempsCouteauÉclats charnus qui reprennent sans peine
AstilbeAutomne ou printempsCouteauSouche dure, sol à garder frais
GraminéesPrintemps uniquementBêche ou scieJamais en automne, risque de pourriture

Pour les vivaces à rhizome ou à racines charnues, la technique diffère légèrement : les iris barbus se divisent en été et se replantent rhizome affleurant, comme l’explique la fiche de l’iris, tandis que les hémérocalles, très robustes, acceptent presque n’importe quelle méthode, décrite dans la fiche de l’hémérocalle.

Les vivaces qu’il vaut mieux ne pas diviser

Certaines vivaces supportent mal, voire pas du tout, qu’on touche à leurs racines. Les diviser les affaiblit pour plusieurs années, quand cela ne les tue pas.

VivacePourquoi éviter la divisionComment la multiplier
Pivoine herbacéeMet plusieurs années à refleurir après avoir été dérangéeDivision seulement si indispensable, en septembre, éclats de trois à cinq yeux replantés à 3-5 cm de profondeur
HelléboreRacines cassantes, reprise très lenteSemis spontanés au pied de la plante
Lupin, chardon bleu, gypsophileRacine pivotante unique, impossible à séparerSemis, ou bouture de racine pour le chardon bleu
Pavot d’OrientRacines charnues profondesBouture de racine en hiver
EuphorbeSève irritante, souche ligneuseSemis spontanés, bouture de tige
Lavande, thym, sauge arbustiveSous-arbrisseaux à tige ligneuse, pas de vraie touffeBouture de tige en été

Replanter et accompagner la reprise

Replantez chaque éclat à la même profondeur que la touffe d’origine : le collet, la zone où les pousses rejoignent les racines, doit se trouver au niveau du sol. Trop enterré, il pourrit ; trop haut, il sèche. Étalez les racines dans le trou, comblez avec la terre amendée, tassez fermement du plat de la main pour chasser les poches d’air, puis arrosez abondamment, au moins une dizaine de litres par éclat, même s’il pleut.

Les trois à quatre semaines suivantes sont décisives. Les racines blessées absorbent mal l’eau, et un éclat qui sèche pendant cette période ne s’en remet pas. Arrosez chaque semaine en l’absence de pluie, plus souvent en cas de vent ou de redoux. Un paillis de 5 cm, feuilles mortes broyées ou terreau de feuilles maison, maintient la fraîcheur du sol et protège les racines du premier gel.

Ne fertilisez pas les éclats replantés en automne : un apport d’azote stimulerait une pousse de feuillage fragile juste avant l’hiver. Un compost bien mûr incorporé à la plantation suffit. Au printemps suivant, surveillez les limaces, friandes des jeunes pousses tendres des vivaces fraîchement divisées.

Ce qu’on fait des éclats en trop

Une seule division produit souvent bien plus d’éclats qu’on ne peut en replanter. Les plus beaux trouvent place ailleurs dans le jardin, pour répéter une même vivace d’un massif à l’autre, un procédé qui donne de l’unité à un jardin bien plus sûrement que la multiplication des espèces.

Les autres s’empotent dans un terreau ordinaire et passent l’hiver au pied d’un mur abrité, prêts à être plantés ou offerts au printemps. Les éclats de vivaces sont la monnaie d’échange naturelle entre jardiniers : bourses aux plantes, trocs de quartier, jardins partagés. Une touffe d’hémérocalle ou de géranium vivace offerte à un voisin voyage souvent ainsi d’un jardin à l’autre pendant des décennies, et c’est l’une des façons les plus simples de faire vivre un quartier fleuri.

vos questions

Les questions que l'on nous pose

Comment savoir qu’une vivace a besoin d’être divisée ?

Trois signes ne trompent pas. Le centre de la touffe se dégarnit et forme un anneau de pousses autour d’une zone vide ou ligneuse. La floraison diminue d’une année sur l’autre, avec des tiges plus courtes et des fleurs plus petites. Enfin, la touffe déborde sur ses voisines ou s’affaisse au milieu. Pour la plupart des vivaces de massif, ces signes apparaissent au bout de trois à cinq ans ; certaines, comme les asters ou les monardes, les montrent dès la troisième année.

Peut-on diviser une vivace en pleine floraison ?

C’est déconseillé. Pendant la floraison, la plante concentre ses ressources dans les fleurs et les graines, et la division la prive brutalement d’une partie de ses racines au moment où elle en a le plus besoin. Les éclats reprennent mal et la floraison s’interrompt. En cas d’urgence, un déménagement ou des travaux, coupez toutes les tiges florales avant de diviser et arrosez abondamment pendant plusieurs semaines. Sinon, attendez la fin de la floraison.

Quelle taille doivent faire les éclats ?

Un éclat de bonne taille porte trois à cinq pousses ou bourgeons et une motte de racines saines de la grosseur d’un poing. Des éclats plus petits reprennent aussi, mais demandent une année de plus pour fleurir correctement, et il vaut mieux les élever d’abord en pot. Des éclats trop gros, en revanche, reproduisent le problème initial : le centre se dégarnira de nouveau rapidement. Pour un effet immédiat dans un massif, plantez les éclats moyens par groupes de trois.

Faut-il couper le feuillage avant de diviser ?

Oui, dans la plupart des cas. Rabattre le feuillage à 10 ou 15 cm de hauteur avant de soulever la touffe facilite la manipulation et, surtout, réduit l’évaporation pendant la période où les racines blessées ne peuvent pas encore absorber beaucoup d’eau. Pour les vivaces à grandes feuilles comme les hostas, les hémérocalles ou les iris, une coupe de moitié suffit. Au printemps, quand les pousses sortent à peine, cette coupe est inutile.

Les éclats fleuriront-ils dès l’année suivante ?

Pour la plupart des vivaces de massif divisées en automne, oui : asters, géraniums vivaces, rudbeckias, échinacées, hémérocalles ou marguerites fleurissent en général dès la saison suivante, parfois un peu plus tard que la touffe mère. Les vivaces plus lentes, hostas, astilbes, agapanthes, peuvent demander une année d’installation avant de retrouver une floraison généreuse. Plus l’éclat est petit, plus le délai s’allonge.

Peut-on diviser des vivaces en pot ?

Oui, et c’est même souvent nécessaire, car une vivace en pot remplit son contenant en deux ou trois ans et finit par fleurir moins faute de place. Dépotez la plante, divisez la motte au couteau ou à la scie à pain si elle est très compacte, puis rempotez un ou deux éclats dans un terreau neuf. Le reste peut être planté au jardin ou offert. Le meilleur moment reste le même qu’en pleine terre, selon l’époque de floraison.

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