Quelles fleurs planter pour attirer les abeilles et les papillons
Un jardin peut être couvert de fleurs et ne nourrir personne. Ce qui décide, ce n’est pas la quantité de floraisons mais leur forme, leur enchaînement dans l’année et la façon dont elles sont groupées. Trois règles simples séparent un massif décoratif d’un jardin où les pollinisateurs reviennent chaque saison.
Un jardin fleuri ne nourrit pas forcément les pollinisateurs
C’est le constat qui surprend le plus : un massif spectaculaire, couvert de fleurs de mai à septembre, peut rester désert. Le voisin, avec trois touffes d’origan et un pied de bourrache, bourdonne.
La différence ne tient pas au nombre de fleurs mais à trois paramètres que la sélection horticole a précisément fait disparaître : la forme de la fleur, qui conditionne l’accès à la ressource ; la continuité de la floraison, qui décide si le jardin nourrit toute l’année ou trois semaines ; et le groupement des plantes, qui rend la récolte rentable pour un insecte.
Ces trois règles sont plus déterminantes que le choix des espèces. On peut nourrir abondamment les pollinisateurs avec une dizaine de plantes bien choisies, et ne rien nourrir du tout avec cinquante variétés de jardinerie.
La règle qui compte le plus : des fleurs simples
Si vous ne deviez retenir qu’un critère, ce serait celui-ci.
Une fleur double est une fleur dont la sélection a transformé les étamines en pétales supplémentaires. Le résultat est plus fourni, plus rond, plus vendeur, et biologiquement vide. Le pollen a largement disparu avec les étamines, et les pétales surnuméraires bouchent l’accès au cœur de la fleur : même une langue longue de bourdon n’atteint plus le nectar. Une pivoine à fleurs pleines, une rose à cent pétales, un dahlia décoratif ou un souci double sont des décors stériles.
La version simple de ces mêmes plantes, celle qui laisse voir un cœur d’étamines, nourrit au contraire abondamment. Le réflexe à prendre en jardinerie tient en un geste : regarder le cœur de la fleur. S’il est visible, la plante nourrit ; s’il est noyé sous les pétales, elle ne nourrit pas.
Assurer la continuité, de février à novembre
Un pollinisateur ne stocke pas comme une abeille domestique : il mange ce qu’il trouve, le jour où il vole. Un jardin qui explose en juin puis s’éteint en août est un jardin qui affame ses visiteurs pendant la moitié de leur saison d’activité.
| Période | Plantes qui nourrissent | Ce qu’elles apportent |
|---|---|---|
| Février-mars | Saule marsault, noisetier, cornouiller mâle, crocus, perce-neige, romarin, bruyère d’hiver | Le premier pollen de l’année, ressource vitale à la reprise |
| Avril-mai | Fruitiers, aubépine, pissenlit, muscari, ancolie, lamier, consoude, phacélie | Abondance générale, période la plus facile |
| Juin-juillet | Lavande, bourrache, thym, sauge, népéta, achillée, échinacée, chèvrefeuille | Nectar en continu, pic d’activité des butineurs |
| Août-septembre | Sedum, aster, origan, gaillarde, hélénium, verveine de Buenos Aires, scabieuse | La seconde disette : peu de jardins produisent encore |
| Octobre-novembre | Lierre en fleur, aster tardif, sedum spectabile défleurissant | La dernière ressource avant l’hivernage |
Deux entrées de ce tableau méritent d’être soulignées, parce qu’elles sont presque toujours absentes des jardins.
Le saule marsault, en février-mars, est l’une des ressources les plus importantes de l’année : il fournit pollen et nectar au moment précis où les colonies redémarrent avec des réserves épuisées et où presque rien d’autre ne fleurit. Un seul sujet, même taillé en cépée, change la donne sur un quartier.
Le lierre, en octobre-novembre, est la dernière grande floraison de l’année. Ses ombelles verdâtres, que personne ne remarque, bourdonnent littéralement pendant six semaines et permettent aux abeilles sauvages et aux syrphes de constituer leurs réserves avant l’hiver. Laisser fleurir un mur de lierre est le geste le plus efficace, et le moins coûteux, de toute cette liste.
Pour les floraisons de fin d’hiver, tout se joue en amont : crocus, perce-neige et muscaris se plantent entre septembre et décembre, comme le détaille notre guide des fleurs à planter en automne pour un printemps fleuri. Pour la fin d’été, le sedum reste la plante la plus fiable du répertoire, et l’une des rares à fleurir quand tout le reste a fini.
Planter en masse, et varier les formes de fleurs
Un butineur est fidèle à une espèce le temps d’un voyage : il enchaîne les fleurs identiques plutôt que de changer de technique à chaque tige. Un pied isolé lui coûte plus d’énergie qu’il ne lui en rapporte, et il l’ignore.
La conséquence est directe : cinq à sept pieds de la même espèce groupés, ou un mètre carré d’un seul tenant, valent mieux que vingt espèces éparpillées une par une. C’est aussi ce qui rend les massifs de pollinisateurs plus beaux : les taches franches d’une même couleur lisent mieux que la mosaïque.
Le second principe est la diversité des formes florales, car les insectes n’ont pas tous le même outil :
- Les fleurs plates et ouvertes : achillée, fenouil, carotte sauvage, marguerite, souci simple : nourrissent les syrphes, les petites abeilles solitaires et les coléoptères, dont la langue est courte.
- Les fleurs tubulaires, lavande, sauge, digitale, chèvrefeuille, népéta, sont réservées aux langues longues : bourdons, anthophores, papillons.
- Les capitules composés, échinacée, aster, scabieuse, origan, offrent des centaines de fleurons minuscules sur une même plateforme d’atterrissage : c’est le meilleur rapport énergie-effort du jardin, et ce sont les plantes les plus visitées.
Une bonne composition mêle les trois. La lavande couvre le registre tubulaire, l’origan et l’aster le registre composé, l’achillée et les ombellifères le registre ouvert.
Les papillons demandent autre chose : des plantes hôtes
C’est l’angle mort de presque tous les jardins dits « à papillons », et il explique pourquoi on en voit passer sans jamais en voir s’installer.
Un papillon a deux vies et deux régimes. L’adulte butine du nectar, et n’importe quelle fleur riche fait l’affaire. La chenille, elle, mange des feuilles, et presque toujours celles d’une plante hôte précise, souvent unique à son espèce. Sans cette plante, la femelle ne pond pas, et la population ne se renouvelle pas : le jardin reste un restaurant de passage, jamais une maison.
Les correspondances les plus utiles sous climat français :
- L’ortie : plante hôte du paon du jour, du vulcain, de la petite tortue et de la carte géographique. Un carré d’orties de deux mètres carrés, en plein soleil et non tondu, est l’aménagement le plus rentable qui soit pour les papillons.
- Le fenouil, l’aneth et la carotte sauvage : plantes hôtes du machaon, dont la chenille verte rayée est facilement reconnaissable.
- Les graminées non tondues : plantes hôtes des satyres et des myrtils, ces papillons bruns discrets des lisières.
- La luzerne, le trèfle et le lotier : plantes hôtes des azurés, les petits papillons bleus.
Autrement dit : la zone du jardin qu’on ne tond pas et qu’on ne nettoie pas fait davantage pour les papillons que n’importe quelle plantation.
Un balcon suffit
L’échelle ne conditionne pas le résultat : les butineurs repèrent une ressource même en hauteur, et une jardinière bien composée reçoit des visites en quelques jours.
Une installation qui fonctionne tient dans trois contenants. Une jardinière de quarante centimètres associant thym, origan et sauge officinale, trois lamiacées mellifères, résistantes à la sécheresse, et utiles en cuisine. Une potée de lavande, qui assure juin et juillet. Une potée de bourrache, dont la particularité remarquable est de reconstituer son nectar en quelques heures, ce qui en fait la plante la plus visitée par unité de surface.
Ce qu’il ne faut pas faire
Trois habitudes de jardinage annulent l’effet de tout ce qui précède.
Traiter, même avec des produits naturels. Le pyrèthre végétal est un insecticide à large spectre qui tue les abeilles, les syrphes et les coccinelles aussi efficacement qu’un produit de synthèse ; le spinosad reste toxique tant qu’il n’a pas séché. Un jardin de pollinisateurs se conduit sans insecticide, en acceptant un niveau de dégâts et en laissant les auxiliaires faire leur travail.
Nettoyer le jardin à l’automne. Les tiges creuses, ombellifères, népétas, framboisiers, abritent des larves tout l’hiver, et les feuilles mortes protègent les chrysalides au sol. Repoussez la coupe à mars, quand les températures se maintiennent au-dessus de dix degrés. La structure hivernale des sedums et des échinacées séchées est en prime l’une des plus belles choses du jardin sous le givre.
Tout pailler. C’est le geste le plus contre-intuitif de cette liste : la grande majorité des abeilles sauvages nichent dans le sol, pas dans des tubes. Un paillage intégral leur supprime tout accès. Laisser quelques mètres carrés de terre nue, tassée et en plein soleil, fait davantage pour elles que n’importe quel hôtel à insectes, dont les modèles industriels, aux compartiments trop grands et souvent mal orientés, favorisent surtout les parasites.
Le jardin qui nourrit le mieux n’est donc pas le plus soigné. C’est celui qui garde un coin d’orties, un mur de lierre, quelques mètres de terre nue et des tiges sèches jusqu’au printemps, et qui accepte, pour cela, de ne pas être impeccable en novembre.
Les questions que l'on nous pose
Pourquoi les fleurs doubles n’attirent-elles pas les abeilles ?
Parce qu’une fleur double est une fleur dont les étamines ont été transformées en pétales par la sélection horticole. Le pollen a donc largement disparu, et les pétales surnuméraires bouchent l’accès au cœur de la fleur, rendant le nectar inatteignable même pour une langue longue. Une rose ancienne à cinq pétales, un dahlia simple ou une pivoine à cœur ouvert nourrissent abondamment ; leurs équivalents à fleurs pleines sont des décors stériles.
Quelles fleurs planter pour nourrir les abeilles en fin d’hiver ?
C’est la période la plus critique de l’année, quand les colonies redémarrent avec des réserves épuisées. Le saule marsault est la ressource majeure, suivi du noisetier pour le pollen, du cornouiller mâle et du romarin, qui fleurit dès février en climat doux. Côté bulbes, crocus, perce-neige et muscaris se plantent à l’automne et fournissent les premières récoltes. Les bruyères d’hiver complètent utilement dans les sols acides.
Quelles plantes attirent réellement les papillons ?
Deux catégories, et confondre les deux est l’erreur classique. Les plantes à nectar nourrissent les adultes : origan, lavande, sedum, aster, verveine de Buenos Aires, échinacée, scabieuse. Les plantes hôtes nourrissent les chenilles, et sans elles aucune population ne s’installe : l’ortie pour le paon du jour, le vulcain et la petite tortue, le fenouil et la carotte sauvage pour le machaon, les graminées pour les satyres. Un carré d’orties non tondu vaut mieux que dix arbustes à papillons.
Peut-on créer un jardin de pollinisateurs sur un balcon ?
Oui, et l’effet est rapide, car les butineurs repèrent une ressource même en hauteur. Une jardinière de quarante centimètres suffit pour associer thym, origan, sauge officinale et népéta, toutes mellifères et résistantes à la sécheresse. Ajoutez une potée de lavande et une de bourrache, qui refait du nectar en quelques heures. Une soucoupe peu profonde garnie de cailloux, remplie d’eau, complète l’installation : les insectes ont besoin de boire sans se noyer.
Faut-il installer un hôtel à insectes ?
C’est l’aménagement le plus visible et le moins utile. La grande majorité des abeilles sauvages nichent dans le sol nu, pas dans des tubes, et les modèles industriels à compartiments trop grands ou mal orientés favorisent parasites et moisissures. Trois gestes gratuits font davantage : laisser des zones de terre nue non paillées en plein soleil, conserver du bois mort, et ne pas rabattre les tiges creuses avant le mois de mars.
Le buddleia est-il un bon choix pour les papillons ?
Il attire spectaculairement les papillons adultes, d’où son surnom d’arbre aux papillons, mais il ne nourrit aucune chenille et se ressème massivement : il figure parmi les espèces exotiques envahissantes en France, où il colonise friches, voies ferrées et berges. Si vous y tenez, choisissez un cultivar stérile et supprimez les fleurs fanées avant qu’elles ne montent en graines. Les scabieuses, asters et origans jouent le même rôle sans l’inconvénient.
Quand faut-il tailler pour ne pas nuire aux pollinisateurs ?
Le principe est de ne pas nettoyer le jardin à l’automne. Les tiges creuses des ombellifères, des népétas et des framboisiers abritent des larves tout l’hiver, et les feuilles mortes protègent les chrysalides posées au sol. Repoussez la coupe à la fin de l’hiver, en mars, quand les températures dépassent durablement dix degrés. Vous y gagnez en plus une structure hivernale décorative, notamment avec les têtes séchées des sedums et des échinacées.
Les traitements bio sont-ils sans danger pour les abeilles ?
Non, et c’est un malentendu répandu. Le pyrèthre naturel est un insecticide à large spectre qui tue abeilles, syrphes et coccinelles aussi efficacement qu’un produit de synthèse. Le spinosad est toxique pour les pollinisateurs tant qu’il n’est pas sec. Un jardin de pollinisateurs se conduit sans insecticide du tout, en acceptant un niveau de dégâts, et en comptant sur les auxiliaires que les fleurs attirent précisément.
Sujets abordés
- fleurs mellifères
- jardin pour pollinisateurs
- attirer les abeilles
- plantes hôtes des papillons
- floraison échelonnée
- abeilles sauvages
Continuez dans le jardin
Le thym : bien le cultiver et le fleurir au jardin
Aromatique indispensable, le thym est aussi une vivace fleurie précieuse pour les jardins secs, les pots et les bouquets champêtres. Du thym commun au serpolet couvre-sol, découvrez comment choisir la bonne espèce, réussir sa plantation, le garder beau plusieurs années et profiter de son parfum sans compromettre sa vigueur.
Lire la fiche
Comment composer un massif qui fleurit du printemps à l'automne
Un massif qui explose de couleur en mai puis se vide de juin à septembre déçoit chaque année de la même façon. La solution ne tient pas à planter davantage, mais à organiser les floraisons pour qu’une espèce prenne toujours le relais d’une autre, du printemps jusqu’aux premières gelées.
Lire la fiche
Quand et comment diviser une touffe de vivaces
Une touffe de vivaces qui se dégarnit au centre et fleurit de moins en moins n’est pas en fin de vie : elle demande à être divisée. Ce geste simple rajeunit la plante, relance la floraison et offre gratuitement de quoi garnir un nouveau massif. Encore faut-il choisir la bonne saison et savoir quelles vivaces le supportent mal.
Lire la fiche